Attentive depuis toujours à l'univers de l'maginaire, Véronique LE MADEC a su mener sa carrière artistique avec une singularité impérieuse en alternant avec puissance et sensibilité profonde, l'abstraction et la réalité poétique, également définies en oeuvres narratives pour enfants.

En effet, en excellente analyste, cette artiste ne dédaigne jamais une incursion dans le monde du réel en construisant d'un couteau assuré et d'une palette bien personnelle, végétations, fleurs, animaux sans jamais nuire pour cela à l'expression et à la suggestion pleines d'élans et d'éclats déclenchés par ses recherches informelles.

Véronique LE MADEC peint à la fois du réfléchi et du décoratif dont l'impact se retrouve en oeuvres éminemment généreuses, chaleureuses, même si sa palette en décide autrement, tant manière et gestes dynamiques décryptent toujours l'harmonie et la beauté, tout en ménageant un réel mystère, dont découverte et perception ne sont pas l'un des moindres attraits de cette peinture d'enchantement, mais aussi d'une force sublime, libre et inventive.

André RUELLAN, critique d'art. Juillet 2012


Quand la couleur commande
Née dans une famille où chaque membre manifestait uen certaine attirance pour les travaux manuels et l'esthétique, Véronique LE MADEC, dès son plus jeune âge, s'interessa assez spontanément à l'art. Enfant, la présence de la nature éveilla chez elle une certaine sensibilité qui a secrètement marqué sa manière d'être au monde. Elevée à la campagne, elle tira du passage des saisons un plaisir qui se révéla être une source d'inspiration.


A dix-huit ans, amenée à poursuivre ses études à Paris, Véronique LE MADEC comprit à quel point elle se sentait déracinée, coupée des joies qui avaient fait le bonheur de ses premières années à Chambray (non loin d'Evreux) et jamais loin de la forêt ou de la campagne normande. Aussi s'attacha-t-elle à "réapprendre à savourer les couleurs du jardin" dès que sa vie professionnelle lui valut de s'installer à Caen, où elle vit maintenant depuis près d'une quizaine d'années. C'est là que la peinture vint la solliciter, comme un juste retour des choses.

"Dès le départ, explique Véronique LE MADEC, j'ai opté pour l'abstrait. J'aime tellement le couleur qe cette forme d'expression s'est vite imposée à moi. Peindre m'apaise. J'aime le côté délirant, imprévu et physique de la peinture. J'apprécie le figuratif dès lors qu'on y sent poindre un peu de folie ou une certaine fantiaisie." Au début, c'est vers la mosaïque que Véronique orienta ses toutes premières expériences Elle prenais un réel plaisir à associer formes et couleurs. Un stupide incident, cependant, devait la ramener vers la toile. Victime d'une tendinite, elle dut se résoudre à réorienter sa démarche. "Lorsque je prépare mes pigments ou quand j'opte pour une couleur sortie directement du pot, j'aime y glisser du sable, des copeaux de bois, du tissu, du papier structuré ou des mini-billes de verre. Il n'est pas rare, de fait, que la couleur inspire tout le travail à venir. Elle me guide, me stimule, me porte. Il arrive que des accidents, des circonstances purement aléatoires se révèlent bénéfiques." Autodidacte avant toute chose, Véronique LE MADEC évite de se laisser influencer par les "maîtres du genre", mais elle aime, par exemple, écouter le témoignage d'un Richter et reconnaît avoir été marquée par une phrase d'Albert Einstein : "Le hasard, disait-il, c'est quand Dieu descend sur terre incognito." Entendez par là : sans que l'artiste l'ait sciemment convié ou invoqué.

"Peindre, reprend V. LE MADEC, c'est accepter de bonne grâce ce qui se présente, comme dans les rencontres. Il faut faire confiance à son ange, celui qui se cache tout au-dedans de nous. Savoir prendre le temps de regarder une rose est une chose essentielle à mes yeux. Pour ma part, je ne peux travailler que dans le silence complet."

Intéressée par certaines questions qui hantent le monde contemporain - l'état de notre environnement et les blessures irrémédiables que l'homme lui inflige fréquemment - Véronqiue LE MADEC y fait face à travers sa peinture. Les titres, l'un après l'autre, parlent: L'incendie du pin parasol, La mort des fons marins, Forte chaleur, Ville en fusion, Où allons-nous?... Parfois, d'étranges figures, non invitées, viennent inconsciemment se glisser dans les toiles où la couleur rugit, se cabre, explose comme une giclée de lave ou un cri de colère.Mais elle sait aussi aborder des thèmes plus intimes ou, à tout le moins, plus personnels comme Moi j'y vais, Nuit magique, Tirquoise ou Verte prairie...

En dépit des sujets très fréquemment brûlants, Véronique LE MADEC se défend de pratiquer une peinture triste ou pessimiste. Elle la voit davantage comme un jaillissement viscéral et joyeux. Consciente que beaucoup de chemin reste à faire pour accorder son rêve à la réalité, elle vit chaque jour qui passe avec une confiance renouvelée.

Luis PORQUET  écrivain et critique d'art  Septembre 2012